Sur TMC, on ne fait pas toujours dans la dentelle pour "informer" : on se croirait sur le TF1 du bon temps, c'est dire...
Dans l'émission 90' Enquêtes, diffusée - ou rediffusée ce mercredi 16 septembre, un excellentissime "reportage" (si les autres, évoquant de sujets qu'on ne peut contrôler sont du même niveau, ça laisse supposer un fiabilité équivoque de cette émission qu'on préfèrera peut-être éviter à l'avenir) au titre aguicheur "Les Gendarmes de la route : les nouveaux shérifs ?" ne doit pas faire illusion.
En effet ici pas de critique de la police et des méthodes politiques qu'elle est obligée d'appliquer quitte à ressembler de plus en plus à une police politique, mais bien un cautionnement à ce type d'attitude limite anti-démocratique et complètement à charge contre l'automobiliste et le motard, c'est à dire contre 40 millions de citoyens placés d'office en position prédélictuelle.
Heureusement, la présentatrice (nous avons faillit écrire "journaliste") était épaulée par une avocate médiatique, excellente probablement, et n'ayant rien à voir avec une association, évidemment, et qui exige un harcèlement durablement accru, sur des décennies, "pour que cela devienne un conditionnement des Français"...
Nous avons droits ainsi à tout le florilège montrant les vilains usagers en train d'oeuvrer à nuire à la société ; des exemples sont choisis, dans le style "vous voyez que c'est comme ça, hein ?". Du coup, pien zûûûr, inutile de se demander pourquoi c'est comme ça.
Si TOUS les Français sont comme ça, pas la peine d'expliquer et de démontrer que c'est peut-être un problème de mentalité (par rapport aux Allemands ou Scandinaves). Pas la peine d'expliquer que la DEFICIENCE totale de l'éducation dans son ENSEMBLE y joue peut-être un rôle. Pas la peine de démontrer que les comportements DELICTUEUX et MEPRISANTS à tous les échelons jusqu'aux plus hauts est un exemple inductif.
Nous avons droit aux bons vieux poncifs ; un policier, proche cousin du poilu veillant sur la ligne Maginot : "Les gens disent que nous les piègeons, c'est faux. Et d'ailleurs si pièger les gens, c'est sauver la vie de quelques-uns, alors oui je suis fier de pièger". Du coup, on se demande pourquoi ce vaillant combattant n'est pas sur le front du crime, vu le nombre de meurtres et assassinats, d'agressions et de règlement de comptes, en augmentation constante, qui plus est ; ni sur le front du suicide, de la morsure du froid (6.000 morts de plus qu'habituellement l'hiver dernier ; ni encore sur le front des accidents domestiques (23.000 morts par an).
Entendons-nous bien (pour les malcomprenants où les propagandés) : la vitesse vraiment excessive et/ou les comportements dangereux (y compris les blocages de circulation à 30 km/h) doivent-être sanctionnés. Ainsi dans le reportage on voit une camionnette-corbillard arrêtée parce qu'elle roulait à 166 km/h : OK, nous sommes les premiers à dénoncer les comportements des camionnettistes et serions favorables à ce qu'elle ne dépassent pas 110 km/h sur autoroute et 80 km/h sur route, car ce sont des véhicules potentiellement dangereux, conduisibles par le premier venu. Mais de là à cautionner l'utilité d'un fonctionnaire payé à pointer nonchalemment son stylet sur l'écran d'un robot-radar, ce n'est pas possible. Premièrement parce qu'il n'y a pas assez d'effectifs dans la police, et que ceux qui sont en fonction devraient être utilisés à des fonctions de police, pas de percepteur. Et deuxièmement, parce que la police à ordre de jouer un jeu déloyal avec les usagers, en se cachant, ce qui n'est pas démocratique et interdit (ailleurs, un panneau indiquant qu'un contrôle est en cours est obligatoire antérieurement au point de contrôle, dans un but pédagogique), justement dans les Pays Démocratiques voisins (voir la décision du Conseil Constitutionel italien, évoquée dans nos autres articles de la rubrique). De plus, ce qui devient "gênant", c'est que certains policiers se piquent au jeu, et du coup se mettent à ressembler à certains shérifs de Sergio Leone.
Nous avons aussi la scène comique de service : un bande de policiers municipaux, testant un nouveau laser (à 70.000 € le morceau !) tombe à 7 ou 8 sur un malheureux automobiliste qui roulait à 52 km/h (!) au lieu de 50 (!!).
Peut-être la présence d'une caméra et la vague conscience que le public, les Français SUPERFLUS mais quand même existants vont voir la séquence, un des Anges de la Route, aux allures de chef (et peut-être est-ce même un chef...), décidant de ne pas verbaliser l'automobiliste "parce que c'est un test", se rattrappe et en revient à son métier en verbalisant, avec raison cette fois, l'automobiliste parce qu'il roule avec un pneu complètement usagé. Ce qu'un bon vieux contrôle efficace, par seulement un ou deux Policiers de la Route, pratiqués à l'étranger, aurait de toute façon mis à l'évidence. Par contre au, ou à la, journaliste, il ne vient pas à l'idée de faire son métier, de demander pourquoi (vu l'âge de la voiture) celui-ci est OBLIGE de rouler ainsi : de lui demander POURQUOI il roule dans un véhicule vieux et en mauvais état, alors qu'il a la chance de vivre dans un des pays les plus riche de la planète. Ce fait mettrait, il est vrai, en évidence que la France vit avec le parc de véhicules le PLUS VIEUX et le plus pourri de l'Europe des 15 (pays de l'Ouest), ce qui tendrait à prouver - puisque "les Français sont fous de voitures" - que la manne est pour le moins très peu EGALE pour tous ! Et que qui dit inégal, dit galeux, à traiter comme tel, faisait-on jadis...
Enfin nous avons la séquence SENSATION où deux policiers, après s'être "cachés mais pas trop" prennent en chasse un motocycliste ; nous ne jugeons pas ici le fait que le motocycliste soit en tord grave ou pas, ni le fait que les policiers n'hésitent pas à se balader à 170 km/h dans une circulation très dense pour rattraper leur proie, mais le fait qu'évidemment la poursuite n'est pas américaine (c'est-à-dire là où la police poursuit un méchant parmi des conducteurs par ailleurs bien disciplinés) : en effet, ils poursuivent le motard, qui a un moment double par la droite, alors que TOUT LE MONDE roule en file indienne, sur la voie de gauche, la plus à droite étant libre : autrement dit, TOUT LE MONDE est en tort, mais nos valeureux hommes de justice n'en ont qu'après le motard (à qui ils reprochent d'un air sévère "qu'en plus sa moto fait du bruit" : heureusement pour lui, quand on sait que malgré le bruit, 86% des accidents de moto sont produits par quelqu'un qui COUPE LA ROUTE au motard !).
Autrement dit, si le titre de l'émission voulait suggérer que "les Gendarmes" jouent réellement au shérif, on serait tenté de dire sur le même ton gaillard si la sécurité n'était pas un enjeu REELLEMENT important, que si, mais ils n'ont pas le choix : le but n'est pas la SECURITE (sinon le Code de la Route serait appliqué, et dans l'épisode de la chasse au motard les dizaines d'usagers squattant la file de gauche de l'autoroute auraient été arrêtés, du moins verbalisés), mais le RENDEMENT. Or, comme l'a si bien dit le Président de la République Italienne, en signant le décret d'application des restrictions policières face aux usagers, "Le rôle d'un Etat n'est pas de faire de l'argent sur le dos des citoyens en détournant les moyens de contrôle, mais avant tout de protèger le citoyen au mieux, en toute circonstance".
Comme quoi, il y a latin, et "latin" (et nous n'avons pas écrit "Pétain" ; d'ailleurs nous ne sommes pas en guerre, non ? Si ? Non ?), et - le shérif nous y fait penser - il n'est peut-être pas si profitable à la nation à court, moyen et long termes, de déployer une armée mexicaine contre un peuple entier.