C'est avec la fierté du soldat ayant accompli son devoir contre l'ennemi que la Police de Chambéry se targue de sa dernière trouvaille en matière de zêle péager.
A la sortie d'un tunnel ou existe déjà un radar automatique, réputé rentable, elle installe un autre radar pour pièger les automobilistes réaccélérant (légèrement la plupart du temps) à la sortie du tunnel.
Si on peut bien admettre, dans un cadre pédagogique, la présence d'un radar dans un endroit pour une fois pleinement justifié (un tunnel saturé, mal éclairé et à l'équipement de sécurité sommaire), il n'est pas possible de considérer ce genre d'initiative comme démocratique :
- premièrement, parce que la notion de piège tendu met en position prédélictuelle tout usager ; c'était une méthode bien connue dans les Pays de l'Est et c'est pourquoi dans les pays modernes les contrôles de CHAQUE radar en activité sont annoncés loyalement (le seul Pays qui se comportait ainsi, un autre pays latin, vient d'être obligé par sa Constitution démocratique d'interdire de pièger les automobilistes ; l'Italie vient en effet de promulguer une loi interdisant aux forces de l'ordre ce type de comportement, "la mission d'un Etat étant de protèger le citoyen, et non pas de s'enrichir sur son dos par des moyens technologiques détournés" ;
- deuxièmement, si la vitesse est le seul danger que court un automobiliste, il est criminogène de le laisser exposé à ce danger, et dans ce cas la première mission des forces de l'ordre est de protèger le citoyen : il faut donc l'arrêter pour le mettre hors de danger, puis lui expliquer en quoi son comportement est dangereux ; dans un idéal démocratique, ensuite un juge NEUTRE... jugerait.
A ce sujet (la dangerosité sur voies publiques), rappelons que 36% des accidents mortels en France impliquent des poid-lourds, qui curieusement ne sont pas "sensibles aux radars" pas plus qu'aux "collages au cul" dont certains se font spécialistes.
Rappelons aussi que diverses causes accidentogènes (éblouissement de nuit, machisme, loi de la camionnette ou du 4x4 le plus intimidant, ébriété, conduite innapropriée - incertaine et/ou blocage de la circulation, non respect des priorités, roulage à gauche -, etc...) ne sont pas ou quasiment pas pris en compte ou réprimés.
Bien sûr ça demanderait la présence de personnel, en plus grande quantité et ailleurs que planqué derrière un robot, mis donc en position de compétence, de préférence : or on a transformé les forces de l'ordre en percepteurs et leur métier se décrédibilise, et ce n'est pas la réduction (- 8.000 policiers sur le budget en cours) qui va mettre la France au niveau des meilleurs en ce qui concerne la sécurité routière crédible et la liberté de circuler (rappelons enfin que dans les pays mieux servis, une vraie Police de la Route existe, voyageant insérée dans le trafic, ce qui lui permet d'avoir une connaissance à la fois de la conduite routière et des réalités, y compris de l'équipement routier et de l'entretien des routes).
Mais on a bien compris qu'à Chambéry comme un peu partout ailleurs en France, LA priorité n'est pas vraiment la sécurité, ni d'usagers de la route, ni celle concernant le citoyen en général au vu de la vraie criminalité courante : les élections, le train de vie de certains, ça coûte (et on ne sait toujours pas, malgré de multiples demandes précises, y compris d'associations de consommateurs et contribuables, où passe la manne colossale que rapporte l'automobiliste français).
Oui, au fait : les élections ça peut coûter à tous.