Leçon d'allemand aux Latins

Ou comment faire des bénéfices sans tout bousiller



Leçon d'allemand aux Latins
C'est avec l'ironie très contenue nous caractérisant - fruit de notre éducation aux mamelles égalitaro-semi-rigides et schizo-cartésiennes de la République Française -, que nous avons goûté et traduit l'excellent article de notre confrère Massimo Giannini, du quotidien italien La Repubblica, à propos des degrés intellectuels divergents œuvrant en Europe Unie, notamment en matière économique (et donc sociale) :

C'est mercredi dernier que s'est réuni le Conseil d'Administration de Fiat, pour examiner les comptes de la "Terrible année 2009", telle que l'a nommée l'Administrateur délégué, Sergio Marchione.

Sur le fond, rien de nouveau : le Lingotto clôture par un bénéfice provenant des activités ordinaires pour un peu plus d'un milliard d'euros et une perte nette de 848 millions d'euros. Une incitation à la rémunération, doublée, sera assurée sous forme de stock-options.
Le retour en dividende est confirmé à hauteur de 0,17 € par action ordinaire et 0,31 € pour les privilégiés, le tout pour un total de 244 millions d'euros. "Je dois tout à mes actionnaires", tel est le refrain entendu dans la vénérable maison turinoise depuis nombre de semaines...

Parallèlement, un film très différent est projeté en Allemagne.
Un autre géant de l'automobile (pas celui qui vient de racheter Chrysler (ndt : Fiat), mais bien celui qui vient de s'en débarasser (ndt : Daimler-Mercedes)) a célébré une toute autre voie autour de "l'Annus Horribilis" qui vient de s'achever.
Daimler-Benz a en effet clôturé dans le rouge l'exercice 2009 avec un négatif de 2,6 milliards d'euros. La raison principale de ce mauvais résultat est conséquent à l'effondrement du marché de la branche Poids-Lourds.
Mais le groupe, créé sur sa marque historique de prestige, Mercedes, a pris une décision très osée : pour la première fois depuis quatorze ans, Daimler a décidé de ne RIEN reverser aux actionnaires.
Non seulement : le président Dieter Zetsche a jugé prioritaire de privilégier la productivité et la rentabilité, et a carrément imposé un "plan de guerre" dès l'année en cours.

Et ici, sans aucune démagogie de piliers de bar, nous devons accepter la leçon d'allemand : à priori, et c'est d'ailleurs une réalité, les pertes de Daimler sont pires que celles de Fiat. Mais les perspectives sur les marchés - sur lesquels les incitations gouvernementales ne peuvent être éternelles - devraient aisément dessiller les yeux : elles sont tout simplement préoccupantes pour 2010. Sauf aux Etats-Unis et en Chine, où justement Mercedes, comme les autres Constructeurs allemands, est bien implanté, et va poursuivre son développement.

Pour les 4 plus grands marchés d'Europe, la réalité sera probablement celle-ci : en Allemagne, le marché devrait connaitre une baisse de 5 %, en Grande-Bretagne une baisse de 7 % et en France de 10 %.
Dans ce cas, le marché italien ne devrait que très difficilement s'avérer meilleur !

Or en Italie, comme en France, pour des raisons communes (acharnement sur l'automobiliste, par exemple ; ou taxation lourde des véhicules pourtant les moins polluants - voitures et grosses voitures à essence, qui n'émettent pas de particules -), le gras du marché s'appuie sur des modèles non-rentables, et d'ailleurs produits à l'étranger (Pays de l'Est, Turquie, Brésil, Corée...).

Du coup, avec cette déviance optique et les licenciements massifs annoncés pour les semaines à venir, on ne peut qu'être consterné de voir qu'une ligne austère saine n'a même pas été envisagée, pour le seul bénéfice d'une distribution de toast et de rivières de coupons pour fêter une reprise étonnamment absente dans les beaux salons de la Savoie (ndt : l'ex-Royaume de Savoie, capitale Turin, siège de Fiat).

Malheureusement, le myope ne croit que ce qu'il croit voir !



Mercredi 3 Mars 2010
Cléoma Bissonnette



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