Après les années faciles dues tant au pouvoir d'achat général en progression et à la folie provoquée par l'irruption/irrationnelle du quadricycle motorisé, dit quad, dans les années 2003/2004 et jusqu'en 2008, sur le marché européen, et français en particulier, voici le temps des leçons et des vérités.
Les leçons :
- un marché nouveau, qui plus est démarrant sur les chapeaux de roues, comme celui qui a été la conséquence de l'engouement imprévisible du quad en Europe (engouement provoqué par l'application d'une directive UE donnant droit de rouler sur voie publique aux quadricycles à moteur immatriculés, alors que ces engins jusqu'alors non immatriculables étaient cantonnés dans un rôle d'utilitaire agricole ou pour un usage ludique privé), provoque divers phénomènes dont le majeur est, bien sûr, la lutte à la rentabilité.
En effet simultanément et parallèlement, pour le bon côté des choses, de nouveaux acteurs (importateurs essentiellement) apparaissent, rompant ainsi les hiérarchies établies, des revendeurs se créent ou étendent leur activité, une presse spécialisée apparait, des accessoiristes se développent, des crédits sont débloqués, de l'investissement s'effectue, les bénéfices et les taxes rentrent...
Et pour le mauvais côté des choses, des abus apparaissent, des incompétences cherchent à s'imposer, parfois à la limite de la légalité, ou même, ça s'est vu et les preuves demeurent, en les dépassant allègrement, avec la complicité d'un Pouvoir public peu regardant... Et c'est alors l'usager qui trinque, qui est exposé, qui est méprisé, et qui finalement est dégoûté, et le fait savoir. Nous le fait savoir. Le fait savoir aux Associations de consommateurs. Et le fait savoir au marché, car justement, et dans l'euphorie beaucoup l'avaient oublié, le MARCHE, c'est LUI : le consommateur, l'acheteur, le payeur !
D'où le rappel de la première leçon : l'acheteur est unique, à chaque fois ; et ne serait-ce que pour cela, il devrait toujours être respecté ;
D'où le rappel de la deuxième leçon : l'importateur, le revendeur n'a pas fabriqué le véhicule, certes, et bien sûr, d'une marque à l'autre, d'un modèle à l'autre, d'une série à l'autre, il peut y avoir un problème ; l'utilisateur, consciemment ou pas, le sait, le subodore, ou le redoute, au moment même de l'achat ; aussi, la confiance qu'il met dans la marque et son représentant ne devrait jamais être, d'une part sous-estimée, mais encore moins méprisée : ce n'est pas dans des écoles de commerce qu'on peut apprendre ça, mais simplement dans l'Histoire du commerce, depuis la nuit des temps, depuis qu'il existe : les Egyptiens, les Hittites, les Chinois de l'Antiquité le pratiquaient déjà comme un art, donc avec respect (d'eux-mêmes, d'abord), et c'est une évidence évidente si simple qu'on ne devrait jamais avoir à y revenir dessus.
Or, et le phénomène quad n'y a pas échappé, les Associations de consommateur, les assurances, la presse - même si certains titres se montrent discrets, publicité oblige - ont toutes été informées de pratiques plus que douteuses de la part de certains acteurs, certains "professionnels" ; dans un milieu qui se vante volontiers de tout baser sur le partage de la passion, il y a de quoi réfléchir sur le sens du mot "partage" chez certains ;
D'où la troisième leçon : abuser de la passion de la clientèle (qui est au départ une motivation saine, et même, dirions-nous touchante, car humaine, charnelle), c'est blesser des personnes qui pourtant représentent une des clientèles parmi les plus agréables : elle a fait d'elle-même AU MOINS la moitié du boulot ! S'il y a des "professionnels" qui doutent de notre affirmation, qu'ils essayent de vendre des sèches-linge ou même des automobiles de base ! Et quelqu'un, surtout un passionné, blessé se remémore sa blessure, toujours et tout le temps. En raison de cela, certaines marques japonaises dont les dirigeants ont fricoté avec des aventuriers, notamment italiens, auront du mal à vendre à ces blessés des scooters, motos ou voitures de la même marque...
Les vérités :
- La première vérité est que le prix final au moment de la vente, n'est pas, ou plus, un facteur de fidélisation du client ;
- La deuxième vérité, pourtant soupçonnable depuis très longtemps et dont certains métiers - l'automobile en premier - ont appris à la gérer, est que l'image de marque ne suffit pas : le client veut aussi du SAV (Service Après-Vente), autrement dit, du respect ; et en premier lieu, le respect du contrat tacite que représente la vente d'un produit à valeur technique ajoutée qu'est, par exemple, un véhicule : chose que les juges, quand les affaires leur sont portées, tranchent en faveur de l'acheteur sous le vocable de "respect de la garantie juridique" - qui se superpose à la garantie du vendeur ou du Constructeur, simplement minimum car faite par lui et orientée dans les moindres détails en (sa) faveur (et parfois, de son réseau de vente "prisonnier") ;
- La troisième vérité est qu'une nouvelle marque, moins chère, et de plus représentée par un nouvel importateur local mais digne de ce nom, a toutes ses chances !
D'où le constat suivant :
- sur l'ensemble de l'année 2009, on trouve dans le TOP 5 des ventes de quad immatriculés en France (soit 38.610 unités - à comparer aux 55.000 unités de 2007, summum de la folie quad -, on trouve, donc, trois importateurs atypiques (loin de la notoriété de l'ex-quatuor japonais dominant le monde de la moto à 95% comme il y a quelques années).
En premier lieu DELTA MICS (marques LINHAI/HYTRACK, DINLI/MASAI, et GS MOON, qui, cumulées, mettent cet importateur français en 1ère place).
Puis MSA KYMCO (qui, depuis le Luxembourg ne faiblit pas dans sa position de leader ou quasi leader, selon les années et par marque, sur le marché français).
Enfin POLARIS FRANCE (qui, en bon américain, a su investir intelligemment pour monter les échelons d'un marché qui ne pouvait l'ignorer durablement) : or sur ces trois, deux (DELTA MICS et MSA-Kymco) sont "nés", en quelque sorte, par le quad, et le troisième (Polaris) était cantonné dans le ludique ;
- sur les 5 premiers mois de l'année 2010, le schéma est quasi identique : en effet, la recette des gagnants est basée sur le durable ;
- les Constructeurs japonais, on le sait, ont (pour des raison d'image disaient-ils) évité de monter en première ligne sur ce marché (excepté YAMAHA qui n'hésite pas à homologuer lui-même des modèles de sa gamme) ; certains avec sincérité, et ce choix se respecte, comme c'est le cas de HONDA ; d'autres, moins, car n'hésitant pas à se lier avec des "homologateurs-constructeurs" adoubés (tenant ainsi une liste en faux des véhicules de leur marque homologués par d'autres homologateurs, allemands par exemple, afin de refuser les garanties constructeur car "véhicules modifiés hors réseau officiel", motif d'ailleurs interdit par la Commission européenne du Commerce), dont quelques-uns ont une déontologie très douteuse (en matière de régularité des homologations, en matière d'exploitation du personnel et en matière de respect du suivi clientèle, l'ensemble étant de toute façon défavorable au client...) ; dès lors que ces produits d' "homologateurs-constructeurs" sont vendus dans le Réseau officiel de la marque, on peut s'étonner sur la traduction du mot "image" japonais...
D'où le résumé suivant :
- des professionnels comme MSA, DELTA MICS ou POLARIS (et bien d'autres, comme SIMA ou YMF YAMAHA FRANCE - voir ci-dessous) sont efficaces car outre le fait qu'ils connaissent la valeur et les éventuelles faiblesses de leur produit, ils ont su s'organiser (en s'entourant d'une équipe efficace car respectée), au prix juste, et en faveur de l'efficacité (y compris en stockant ce qui doit l'être pour palier à une éventuelle faiblesse d'un composant), et donc de la vraie rentabilité, celle d'une fidélité globalement très positive, et se sont imposées durablement : et dans un contexte aussi trouble que le fut la folie du quad, avant la maturation du marché, et avec une telle intensité de l'offre, CE N'EST PAS UN HASARD ; et donc, le client potentiel peut y aller en toute confiance (surtout maintenant, où les cents d'€ coûtent cher !) ;
- après une telle bataille, la Bataille du Quad, le marché (le client !) a tranché : il n'a pas mauvais goût (rouler en Adly, en Sym, en Linhai ou autres "nouvelles marques" n'a rien de honteux, au contraire dès lors qu'elles sont bien représentées), et les "amateurs" qui ont disparu, ou au contraire les gros arrogants qui ont trop misé sur leur nom (dont la réputation avait été faite, jadis, par les clients d'alors...) pourront toujours mépriser la conclusion, c'est leur problème...
CLASSEMENT VENTES QUADS IMMATRICULES, ANNEE 2009
(tendance 5 premiers mois 2010 : idem)
(données : Ministère des Transports p/o Préfectures)
Nombre de marques classées (marché français) : 166
1 KYMCO (MSA) 4408 immatriculations
commentaire : KYMCO reste la première marque, sa politique SAV n'y est pas pour rien ;
la diversité de ses produits, tant en scooter, motos et quads, et leur fiabilité, fait de la Taïwanaise une marque majeure en termes de rapport qualité/prix ;
2 POLARIS (POLARIS FRANCE) 4269 imm.
commentaire : POLARIS confirme et reste leader des très gros quad de qualité ; sérieux à l'américaine à tous les étages ;
3 TGB (SIMA) 3610 imm.
commentaire : ces bons produits sont distribués par un importateur à la longue expérience : ça aussi, ça marche...
4 LINHAI + HYTRACK (DELTA MICS) 2964 imm.
commentaire : DELTA MICS a fait les bons choix et applique une politique, y compris SAV, sérieuse ; elle participe également activement à l'évolution technique des produits ;
avec ses autres marques (DINLI, 10ème avec 1233 imm., MASAI, 18ème avec 418 imm. et GS MOON, 29ème avec 216 imm.) elle totalise 4831 véhicules (hors scooters), ce qui en fait le leader du quadricycle ;
sur les marques elles-mêmes : LINHAI est un bon compromis en qualité/prix/ équipement, le meilleur peut-être, alors que DINLI/MASSAI également asiatique, mise sur le sportif de qualité et haut de gamme abordable ;
5 YAMAHA (YMF YAMAHA FRANCE) 2107 imm.
commentaire : YAMAHA ne joue pas l'hypocrisie ; les modèles que YAMAHA homologue et distribue dans son bon réseau - ainsi décomplexé - méritent leur succès ; par ailleurs, la marque japonaise n'a rien à prouver... et sait gérer son excellente - et méritée - réputation ;
6 QUADDY (MOTORBIKE FRANCE) 1960 imm.
commentaire : QUADDY est un de ces "homologateurs-constructeurs" italiens bosstés par le boom du quad français ; il est à l'origine des quads homologués par MOTORBIKE FRANCE, dont de nombreux modèles YAMAHA - indépendamment des homologations YAMAHA - qui ne sont pas mal vues dans le réseau du Japonais ; effectivement, contrairement à d'autres "italiens", le produit, monté en France, et le suivi sont honnêtes ; QUADDY bénéficie de toutes les garanties de YAMAHA, qui assume TOUTE sa production ;
7 CAN-AM (BRP BOMBARDIER) 1928 imm.
commentaire : CAN AM est une des marques de BRP, l'industriel canadien BOMBARDIER (trains, avions, transport...) ; c'est, avec POLARIS, un des "inventeurs" du quad ; le sérieux à l'américaine se traduit donc par un vif succès, notamment dans le créneau gros quad de qualité, succès mérité en tous points (moteur ROTAX)
8 SHINERAY (MTSPORTS) 1914
commentaire : SHINERAY CHONGKING est un de ces constructeurs chinois innondant les marchés avec des produits basiques mais très bon marché ; sa production écoulée en France semble bien suivie par un jeune importateur du 59, misant apparemment au-delà de l'opportunité ;
9 SYM (SYM FRANCE) 1776 imm.
commentaire : la marque taïwanaise, aux produits présentant un excellent rapport qualité/prix, a de suite bénéficié d'une importation digne de ce nom ; elle est donc logiquement devenue un des leaders du scooter, et un acteur fiable du quad ;
10 DINLI (voir plus haut, LINHAI, DELTA MICS) 1233 imm.
pour les suivants, se distinguent :
11 ARTIC CAT 1030 imm.
commentaire : la marque américaine est un ton en dessous de ses compatriotes ; son importateur européen est situé en Autriche ; de modestes filiales servent les autres marchés ; rien à redire, le produit est bon, le suivi aussi ; l'ambition n'est peut-être pas le fort des Autrichiens ?..
12 DRESEL MC 819 imm.
commentaire : l'homologateur allemand ne fait pas dans l'élégance, au niveau des composants, mais il fait dans le sérieux (tarifs raisonnables, documents d'homologation correspondant à la réalité - phares réellement homologués etc...). L'érosion de ses ventes correspond simplement à la tendance générale. Un bon compromis pour les possesseurs de quads japonais, notamment Suzuki, réticents à certaines - et coûteuses - méthodes de "constructeurs-homologateurs" italiens.
13 KL 756 imm.
commentaire : cet homologateur-constructeur italien est très lié à KAWASAKI ; sa démarche est honnête, ses produits de bonne qualité ; peut mieux faire, surtout quand on sait que Kawa a dans sa gamme le "frère jumeau" du SUZUKI LTZ, un des produits à fort potentiel et saboté au niveau de la validité de l'homologation, selon les séries, et par un SAV indigent, par l'adoubé de Suzuki, SV VALENTI (ou VALENTI RACING, ou SUZUKI VALENTI RACING, ça fluctue...) ;
16 ADLY 459 imm.
commentaire : cette marque asiatique, appréciée pour ses scooters, propose des quads tout aussi agréables et bien positionnés en qualité/prix ; le suivi est très correct, dans un réseau, comme souvent pour ces nouveaux constructeurs, multi-marques, et donc moins arrogant que certains auto-éblouis par leur grande marque à la grande gloire passée...
21 PAOLETTI 356 imm.
commentaire : encore un "constructeur-homologateur" italien ; se sert d'homologations de base très proches de celles de MOTORBIKE, mais sans le sérieux commercial de celui-ci ; montés en Italie, la qualité est variable selon les humeurs et le traitement des employés ; la salive, et non la parole, est en outre la chose la mieux garantie chez ce Revendeur de motos s'étant intronisé Constructeur devant l'Éternel ;
attention, son réseau de distribution est aussi variable que ses promesses !
26 VALENTI RACING, ou SUZUKI VALENTI, ou SV SUZUKI, 356 imm (avec cet acteur, on s'y perd, même dans les chiffres et les noms de marque...)
commentaire : ce "Constructeur-Homologateur" italien, le meilleur de tous les temps selon sa propagande, lié à SUZUKI, est passé d'un millier à 356 immatriculations ; numéros gravés déjà utilisés (un peu), mensonges sur validité de l'homologation (parfois), délais délirants (souvent), représentativité médiocre et personnel exploité (contrats promis inexistants mais risque d'être viré réel), c'est avec ce modèle d'éthique et de déontologie qu'une grande marque japonaise a un jour décidé de mettre en valeur dans le monde du quad sa rigueur nippone ; heureusement, côté français au moins, Suzuki a, paraît-t-il et depuis quelques temps, réagi... Alors que côté italien, Suzuki n'a toujours rien compris ; il est vrai que, là-bas, Valenti investit beaucoup dans la publicité sectorielle... pour ses motos d'enduro homologuées (comme les quads, sans doute...)..
Dommage, le mal est fait : Suzuki, avec une belle gamme, avait une voie d'or. Les Japonais de Suzuki seraient bien inspirés de s'occuper eux-mêmes de leurs affaires : YAMAHA, ou pour une autre raison HONDA, savent y faire, et sont une bonne inspiration, déjà pour leurs clients.
45 HM 93 imm.
commentaire : HM est un "constructeur-homologateur" italien ; lié à HONDA, il est l'antithèse de SV VALENTI etc... : travail impeccable, inclus dans l'administratif et le suivi, il est un exemple reconnu dans le monde de l'Enduro ;
ses quads sont tout aussi soignés, comme la qualité de sa distribution et de son SAV, dignes de HONDA.
Un exemple, mais gâché par l'image négative de concurrents de même nationalité - ceux plus avides de rentabilité immédiate et équivoque, que de commerce de haut de gamme -.
De fait HONDA, déjà réticent au quad homologué (et dans le fond, un quad, au départ, n'est pas un véhicule pour la route), se tient prudemment à distance, HONDA FRANCE ne voulant pas être mêlé, défenseur de l'éthique japonaise, aux conséquences nuisibles qu'impliquent certains agissements dans le milieu. Une position très respectable.
Parmi les marques placées à des places intermédiaires (400/500 immatriculations) certaines ont un potentiel (soit avec les produits, soit avec leur politique, ou même les deux), telles que LONCIN, GOES, AEON, BASHAN, KINROAD ou encore JIANSHE ou CF, alors que d'autres comme LIGIER (qui a cru bon de négliger les potentiels d'expérience qui se présentaient à sa jeune direction), PGO (qui a gâché un potentiel par instabilité vis-à-vis de son représentant français initial) ou SMC (qui a été vainement prétentieux par son directeur commercial taïwanais qui ne cachait pas son mépris pour les "simples" Chinois de Linhai ou autres, et prétendait tout écraser en Europe...), vivotent autour des 100 immatriculations annuelles...
Mais au fait, 166 marques pour même pas 40.000 clients, ce n'est toujours pas un peu trop (en automobile, pour un gâteau bien plus costaud - 2 million de ventes - il n'y a que 56 marques... mais bon, c'est un autre monde !) ?