Confronté au Congrès américain, qui avec célérité semble profiter d'une opportune faiblesse du Japonais (voir ici,
Le Parisien ),
Toyota essaye de faire face à une crise qu'il aurait pû éviter : le numéro 1 mondial, fort d'une
réputation justifiée de fiabilité et de culture de la fiabilité, semble - comme certains autres japonais
notamment dans le secteur de la moto et du quad qui ont récemment fait preuve de légèreté et d'arrogance - s'être laissé aller à un auto-éblouissement.
Sûr de son fait, le constructeur a laissé tomber sa garde : ses services de contrôles, tellement persuadés de leur supériorité mondiale, n'ont pas su se remettre en question.
Le même phénomène s'est produit il y a peu chez un constructeur nippon de motocycles, qui ébloui par lui-même, a laissé sa réputation entre les mains d'un tiers européen responsable d'homologations équivoques... durant un certain temps, alors que le professionnalisme de la marque aurait dû déceler l'anomalie à temps, en temps normal.
Mais nous n'étions plus en "temps normal" depuis quelques années : le capitalisme débridé et triomphant permettait de telles dividendes, que toute orthodoxie devenait risible, même chez les meilleurs : c'était tellement facile de vendre, et d'ailleurs si les gens achetaient, "c'est bien parce qu'on est les meilleurs, non ?" ; tel semblait être le nouveau crédo des dirigeants, des directeurs locaux aux concessionnaires. Cette mentalité imprégnait TOUT le secteur, sauf peut-être les derniers arrivants, les Coréens et leurs réseaux, et encore...
LES Y A QU'A
Par chance, la crise est arrivée et désormais il faut désapprendre l'arrogance.
Par chance, il faut réapprendre la réalité : l'accueil, le respect. La vente des véhicules à des tarifs enfin raisonnables, loin de l'artificialité marchande de fait.
Vendre à 7.000 € des voitures qui n'ont jamais valu que 7.000 €, au lieu de 13.000 € pour exactement le même modèle il y a quelques années (tant pis pour les pauvres clients qui se sont alors laissés aller alors au système par défaut !).
Par chance, la cruauté de la crise touche aussi, et finalement, ceux qui faisaient la pluie et le beau temps dans leurs bureaux climatisés : "Y a qu'à augmenter de mille balles !" ; "Y a qu'à refuser la garantie !" ; "Y a qu'à lui coller l'avocat !" ; "Y a qu'à menacer de retirer l'agrément !" ; "Y a qu'à yaka yaka etc...".
Mais les Y A QU'A avaient tort, et enfin ils se le prennent dans la figure.
Les Etats, sollicités et complaisants jusqu'à la moelle et impliqués à coups de milliards de dollars et d'euros publics chez beaucoup de Constructeurs,
sont ou seront obligés de rendre des comptes à leur nation, à leurs peuples, à leurs contribuables qui eux s'en prennent dans les gencives et de partout, depuis trop longtemps. Et les Y A QU'A aussi doivent rendre des comptes. Enfin !
TOYOTA POUR L'EXEMPLE ?
Toyota devant le Congrès américain, ça laisse toutefois un arrière goût politique : c'est à la fois à l'honneur du Congrès (puisqu'il se préoccupe de la santé de ses citoyens, ce qui change de certains Etats, surtout européens, qui font peser sur l'utilisateur d'automobiles la responsabilité de leur propre incurie, en les prenant en otage d'une politique soi-disant sécuritaire alors qu'elle est seulement financière, voir nos articles "Glasnost" dont celui sur la
sécurité routière en Europe) et en même temps ça ne dissimule qu'à peine une action de redressage de torts à travers l'image Toyota et des autres constructeurs japonais indirectement (
beaucoup de Constructeurs font l'erreur de Toyota au niveau de la réactivité du SAV, et parfois en pire ; mais pour des raisons "politiques", selon que ça concerne dans son propre Pays un Constructeur local, ça fait généralement pas de bruit, à part peut-être quelques lignes dans la presse spécialisée).
Il y a plus que jamais une réalité incontournable, et son nom est
guerre économique.
Les Etats-Unis, malgré leurs récents déboires, restent le plus gros marché mondial. Ils sont aussi l'espoir réel de reprise. Et dans une guerre, il n'y aucune place pour les sentiments : c'est comme ça depuis toujours, que ça plaise ou non. Donc les Etats-Unis, qui par ailleurs ont une vraie politique sécuritaire avec des normes autrement plus sévères qu'en Europe (ce qui explique en partie qu'aucun constructeur français ne soit sur le marché américain, modifier les véhicules vers plus de sécurité étant très onéreux), utilisent les armes dont ils disposent.
Les Japonais (et c'est toujours vrai pour
Honda, Mazda, Nissan, Subaru, etc...), qui l'avaient pourtant compris depuis longtemps, auront raison de faire profil bas : Toyota, qui a de gros intérêts aux USA (et des usines), et qui comme tous les Constructeurs japonais doit beaucoup aux acheteurs américains pour leur formidable essor, saura ainsi rebondir en récupérant l'image d'une réalité dont il n'aurait jamais dû s'éloigner : celle d'un Constructeur aux produits pensés pour le monde entier, fiables donc, par respect du client ; mais également innovants, grâce à l'immense savoir-faire de ce Constructeur. Savoir-faire dont les Constructeurs américains, à part
Ford peut-être, ont grandement besoin...
Ce qui confirmerait une plausible sortie de crise "par le haut"...