Pollution : Jean-Louis Borloo est fier du résultat

Alors que le parc est vieillissant, dangereux et diésélisé à outrance, le sympathique ministre est "fier"



Pollution : Jean-Louis Borloo est fier du résultat
Dans une interview accordée à notre confrère Le Figaro (voir ici ), Monsieur le ministre ne cache pas sa fierté d'œuvrer contre le CO2, le faux problème rentable (car la réalité est que la Terre - et ses forêts, ses cours d'eau et ses animaux en savent déjà quelque chose ! - comptera 7 milliards d'êtres humains en 2011... Et tous ne pourront peut-être pas venir respirer le prétendu bon air français).

Par contre, en ce qui concerne vraiment la pollution, pas un mot.

Or, concernant particulièrement l'automobile, tous les connaisseurs, tous les mécaniciens, tous les professeurs techniques, donc théoriquement tous les experts, savent que près de 85 % de la pollution automobile, due à l'automobile (ici nous ne parlons pas des camions et "petits camions" que sont les camionnettes), correspond à l'émission des particules émises par la motorisation diésel. Motorisation quasiment imposée, depuis des décennies, par l'État et par les gouvernements successifs.
Notons au passage que sur les 15 % restants, si le parc automobile était, comme on le verra plus bas, en meilleur état et bien plus récent (mais tout est fait pour dissuader l'acheteur potentiel, encore quand celui-ci a les moyens), cette part de pollution serait très réduite : en effet, 90 % de la pollution émise par les essences provient de véhicules que l'on croirait plutôt encore en activité dans les ex-Républiques Soviétiques, et ce n'est pas un honneur pour la France (les amis canadiens de M. Borloo ne devraient pas hésiter à le lui souligner...).

Par son essence (sans jeu de mot ! ; enfin, si, un peu...) -même, le moteur à huile lourde, dit diésel ou a combustion spontanée, est une aberration écologique. Même possiblement couplé à un moteur électrique.
Son seul avantage est le couple délivré à bas régime, qui, c'est vrai, en fait le candidat idéal pour les machines (tracteurs, navires, camions, etc...) pour lesquelles la force - la puissance - immédiatement disponible est un atout. En attendant mieux.

Artificiellement mis au niveau de l'essence du point de vue des performances (turbo, injection directe, compression élevée, électronique), et au prix d'investissements lourds faits au détriment de l'évolution des moteurs "propres" (essence, gaz, électrique, hydrogène...) le moteur à mazout s'est imposé. Du moins, il a été imposé.
Pourquoi ? Tout simplement par calcul politico-copinage :

1/ parce que la puissance de l'industrie asiatique (Japon, Corée) ne pouvait être combattue à qualité/fiabilité/prix de vente égaux ;

2/ parce que les Japonais, Américains, Brésiliens, etc... avaient déjà des normes anti-pollution avancées, et le diesel était pour eux une aberration à ne surtout pas généraliser (hors les machines) ;
ainsi, les petits malins de Français - toujours prompts pourtant à faire la leçon au monde entier -, politiciens (ou "politicards" comme ils diraient "chauffards"), constructeurs et plus ou moins pétroliers, ont décidé de se créer un marché à eux : le mazoutage de l'automobile (hélas suivis par les Allemands et les Italiens, les premiers sans doute en hommage à Rudolf Diesel, les seconds par opportunisme - Fiat-Alfa Romeo et Magneti Marelli ont mis au point le fameux common rail, l'injection directe -, même si le diesel recule sur leur marché), pour se garantir un maximum d'un marché prisonnier ; ce qui pourrait se nommer "protectionnisme" si on est mal intentionné et privé du gâteau... ;

3/ en comptant sur un réflexe grégaire provoqué par une fiscalité apparemment avantageuse et une bonne propagande officieuse relayée par les Béniouiouis professionnels - presse adoubée en tête -, il a pu être ainsi vendu des millions de voitures à mazout jusqu'à devenir, dans l'esprit faussé des consommateurs, la seule alternative intelligente.
Des millions de "diesels", bien plus chers que des "essences" : et donc engendrant de bien plus beaux revenus pour les intéressés, d'ailleurs taxes diverses et TVA inclues : une voiture diesel "française" (fabriquée d'ailleurs le plus souvent en Espagne, en Slovénie, en Corée ou en Turquie) vendue 25.000 € rapporte plus, à l'État y compris (et, à la rigueur, ce serait bien si l'ensemble de la population en profitait...), qu'une voiture essence, coréenne ou française entre autres, à 16.000 €. CQFD !
Une voiture diesel rapporte plus, beaucoup plus ; c'est bien le but, et nul autre.

Or, en y regardant de plus près (et l'Histoire le relèvera), la France se retrouve avec ceci :

- le parc le plus diésélisé d'Europe et du monde ;

- 100 % des flottes (administrations, groupes...) est mazouté ;

- l'âge moyen des automobiles en France frôle les 9 ans ! (contre 4,4 en Allemagne et 5,5 en Italie, pour évoquer des pays assez comparables) ; parmi les voitures de 9 ans et plus, il y a encore une majorité de voitures à essence, très fiables ou faciles à entretenir : certaines 205 ou Clio, Polo ou autres japonaises ou allemandes ont facilement 30 ans ! Voir ici, notre dossier French Reality.

- la paupérisation d'une grande partie de la population condamne donc les gens à rouler dans des voitures, outre que potentiellement dangereuses, techniquement dépassées et de plus en plus souvent mal entretenues ;
or, désormais, de plus en plus d'occasions sont des diesels ! ; recherchées (pour des raisons assez peu logiques, hélas : moindre consommation mais coût d'entretien lourd, meilleure fiabilité imaginaire, etc...) : il y a donc a parier que nos poumons vont en prendre un coup de plus : quiconque aura suivi plus de 30 secondes une vieille diesel (ou une récente qui décharge son filtre à particules...), une camionnette martyrisée ou un autocar de CRS, en conviendra.

Mais M. Borloo, comme tous les Sachants qui l'entourent, est loin de la population : il ne roule pas en voiture, il ne conduit pas.
Chauffeurs, hélicoptères, jets, tout ça met à l'abri de la populasserie.
Alors, M. Borloo est fier : comme les diesels sont bruyants et répandent des particules grasses fatales aux deux-roues (et même aux voitures) dès qu'il pleut, il part en guerre contre les motos - elles font du bruit et leurs conducteurs, comme les Roms, sont une "communauté" bizarre -, et il lutte intelligemment contre les accidents (voir ici ; et ici), avec des robots... C'est le Canada du G8 qui va être content...

Quand on a réponse à tout, on a aussi, en effet, de quoi être fier. Et sympathique.




Citation de Monsieur le Ministre :

"D'ores et déjà, la France a le parc de voitures neuves le plus sobre en carbone d'Europe, et un rapport du Parlement canadien classe notre pays en tête du G8 pour ses résultats en matière d'environnement. Il y a de quoi être fier de la mutation engagée par tous les acteurs du pays et par les Français".



Dimanche 5 Septembre 2010
Cléoma Bissonnette

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