Pour une modulation intelligente de la vitesse

Le piégeage aléatoire étant un échec, à quand une politique de modulation de la vitesse crédible ?



Pour une modulation intelligente de la vitesse
Les limitations de la vitesse sont indispensables, et d'ailleurs ne datent pas d'hier.
Ainsi, de tous temps la vitesse des véhicules a été limitée, en France, selon les circonstances.
La vitesse pour tous les véhicules, avant les années '80 était limitée à 60 km/h dans toutes les agglomérations, par le Code de la Route lui-même, en dehors des décrets locaux. Par ailleurs les véhicules potentiellement dangereux (camions, remorques, caravannes, etc...) étaient limités dans ces circonstances ou d'autres (descente dangereuse, vent latéral, etc...) de manière locale, ou encore par le Code de la Route (poids-lourds chargés ou pas, transport de produits dangereux, etc...).

Bien sûr, des abus étaient pratiqués, et faute de moyens de contrôles, restaient à l'appréciation des éventuels témoins officiels (police, gendarmerie...).
Après les chocs pétroliers et la limitation de vitesse sur les autoroutes, l'idée a germé chez certains énarques que les infractions pouvaient devenir une sorte de business, la dissuasion devenant doublement intéressante : politiquement ("on se préoccupe de votre santé", etc...) et donc financièrement ("l'argent sert à améliorer les infrastructures", "l'argent revient à l'usager sous forme de sécurité", etc...).
Le problème est que les chiffres sont tenus soigneusement secrets, et la seule chose visible est celle qui sort au bout de la calculette et qui met en évidence la somme énorme que l'usage de l'automobile rapporte à l'Etat, alors que celui-ci ne met, difficilement, que 3 à 6 % du "revenu" sur la table en faveur des usagers (travaux de création, d'aménagements, d'améliorations, de formation, de communication, etc...).

Or il se trouve que le France n'est pas unique au monde, et que des Pays directement comparables (par la densité de population et du parc automobile, mais aussi de par l'économie, la démocratie, la densité du réseau et la liberté de voyager) existent : notamment l'Allemagne et l'Italie.
Dans notre récent article sur le vrai état de la sécurité routière en Europe (voir ici), on note que la France n'est pas un bon élève, alors que l'Italie, qui était sur la même voie de la répression aveugle et bornée vient de changer son fusil d'épaule.

La question qui vient, au-delà de toutes les sensibilités (y compris celles qui refusent l'humiliation de s'être laissées berner en s'entêtant bêtement sur des solutions qu'elles seules au monde défendent), est celle-ci : puisque la France a échoué (et que les quelques progrès sont surtout dûs à une grande amélioration de leurs produits par les Constructeurs eux-mêmes, d'ailleurs poussés par les draconiennes normes de sécurité américaines - voir ici -) dans sa politique obtuse, sa fierté ne pourrait-elle être un peu oubliée (après tout, elle la perd tellement souvent sur d'autres terrains, qu'un peu plus ou un peu moins...) et ne pourrait-elle s'inspirer des champions en la matière ?
Bien sûr, politiquement et aux yeux des hommes et femmes politiques que nous avons, il leur est difficile d'admettre qu'un Pays faible fasse mieux ("ne l'a-t-on pas battu pendant la Guerre ?", pensent-ils), il leur est difficile donc, bien que très ridicule, de refuser d'admettre que la politique allemande, en la matière, est nettement supérieure ; de même concernant les Pays scandinaves ou de culture saxonne (Grande-Bretagne, Autriche, USA, etc...).

Aussi, nous mettons ici au défi quiconque de démentir honnêtement les faits suivants :
- nous avons traversé l'Allemagne du sud au nord, d'est en ouest, en deux voyages distincts de plusieurs jours, avec 2 véhicules différents (un monospace essence, 120 ch, un coupé sportif, essence, 250 ch, 250 km/h au limiteur), en respectant scrupuleusement le Code de la Route ; de plus tous les axes possibles (autoroute, grandes routes, petites routes, montagne) et en toutes circonstances (grand soleil, pluie, brouillard, nuit), en semaine et en week-end, ont été testés.

Constats :
- sur 6.600 km, le monospace a consommé en moyenne 6,7 l. contre 7,8 habituellement (sur le même type d'utilisation en France) ; soit 1,1 l. de carburant économisé chaque 100 km ;
- sur 7.200 km, le coupé est tombé à 8,8 l. aux 100 km au lieu de 10,9 en France ; soit 2,1 l. économisés aux 100 km. ; et ce malgré, pour vérifier si la "vitesse tue", en tant que telle, quelques pointes à 240 km/h sur des portions où, en plus de la légalité, la discipline des autres usagers impressionne (sur ce plan, nous admettons volontiers que culturellement et pédagogiquement les Français seraient incapables de cette discipline et qu'il vaut mieux, effectivement, que les autoroutes restent limitées à 130 km/h, qui est un très bon compromis)

Les raisons de ces consommations basses ?
1 - les routes allemandes sont larges, très bien entretenues, bien balisées, justement signalées, et la vitesse y est MODULÉE ; on peut y rouler à vitesse stabilisée à 100 km/h (vitesse maxi limitée) ; de plus les usagers se comportent, dans 99 % des cas, intelligemment : on roule à vitesse constante ; si on est un peu plus lent, on n'obstrue pas la circulation, on n'accélère pas quand on est doublé (d'ailleurs on ne joue pas au Mickey redresseur de torts et on ne balance pas plein phare à qui nous a doublé) ; de nuit, le fait que TOUS les Allemands respectent le Code et roulent avec des phares bien réglés et ne se baladent pas plein phare ou avec anti-brouillards allumés sans raison, rend la circulation plus sûre et donc plus fluide ;
2 - les gros centres sont évités, sauf exception, comme à Ulm où plusieurs gros axes affluent ; cependant dans ce cas, l'autoroute, GRATUITE et ACCESSIBLE, devient une solution ;
3 - la vitesse est intelligemment modulée, et donc comprise de tous ; si après une portion à 100 km/h, la limite devient 80, c'est parce que c'est justifié ; on est donc averti à l'avance, et quand on est sur la portion limitée à 80, on comprend, à moins d'être particulièrement idiot, pourquoi c'est limité à 80 (et non pas à 100, donc, ou 50, comme ça le serait bêtement en France, laquelle a beaucoup de panneaux 50 ou 70 à écouler, apparemment) ; de même, si un virage particulièrement dangereux est limité à 60 km/h, on comprend en y étant que 60 est la bonne vitesse, alors qu'en France, nous connaissons des virages limités à 70, après une portion à 90, où déjà à 40 km/h et avec une voiture moderne et sûre on se fait peur !
4 - les autoroutes sont donc GRATUITES ; évidemment, malgré les propos de certains "esprits" aliénés par la propagande en France ("les autoroutes allemandes ne sont pas entretenues", "les autoroutes allemandes sont toujours en travaux" - ce sont les mêmes qui affirment les deux et souvent dans la même phrase...-), évidemment donc, c'est tout bénéfice pour la sécurité, mais aussi pour la consommation : un trajet en France est devenu une forme de rallye où il faut jongler parmi tous les dangers réels (surnumération de poids-lourds, graviers, trous dans chaussée en travaux permanents ou mal finis, radars-pièges non signalés...) et potentiels (revêtement bosselé ou glissant ou les deux à la fois, non-balisage des bas-côtés, surnumération de véhicules arrogants - 4x4, camionnettes - conduits agressivement, utilisation de pleins-phares 2 fois sur 10, ou absence d'un ou plusieurs feux, ou phares mal réglés ou encore le tout combiné, multiplication infinie de dos-d'âne, d'obstacles bétonnés, de limitations à 30 km/h injustifiées, d'obstacles mobiles - style "je roule à 40 sur nationale et j'emm... tous les autres car je suis Français et je fais ce que je veux, et d'ailleurs ne suis jamais puni pour obstruction à la circulation", et ainsi de suite...
Le tout faisant, qu'en plus d'une déviation de la concentration nécessaire à la conduite - qui explique le nombre d'accidents, mineurs ou pas, supplémentaires -, on passe son temps à freiner et à accélérer, et donc à consommer encore plus, et ainsi (surtout les diesels, émetteurs de CO - monoxyde de carbone - et de particules fines) à polluer encore plus que supportable, l'exemple allemand le démontre très clairement.

Nous aurions pu ajouter un cinquième point, mais il est implicite dans le résultat allemand : c'est celui de l'existence d'une Police Routière bien formée, bien équipée, roulant dans le trafic parmi les autres usagers, et pouvant ainsi sélectionner les urgences et mesurer les réalités vécues, au lieu d'être transformée, comme en France ou jadis en Italie, en percepteurs-supplétifs.

De fait, faire croire aux gens qu'on s'occupe de leur santé et de leur avenir en pondant une Taxe Carbone, pour faire plaisir à quelque Bo-beauf hélicophile, est sans doute plus "profitable" et moins humiliant que de copier des peuples barbares, mais tout de même, il serait temps que les Citoyens français exigent de leur État l'attention qu'ils méritent, et qui leur est due, surtout quand on sait que se sont les mêmes qui paient le plus d'impôts en Europe.
Avec le Danemark, reconnaissons-nous, sauf qu'au Danemark, quiconque peut voir tous les jours dans la rue, sur la route, sur l'autoroute (gratuite et éclairée par des technologies non polluantes inclues en termes de pollution lumineuse) à QUI servent ces impôts...

Nous maintenons qu'il est malsain de faire payer aux citoyens d'un Pays des fautes imputables à une mauvaise gestion durable, uniquement tournée vers la seule répression, par culture du mépris vertical, et dont les 3 principales conséquences sont les suivantes :
- permis de conduire inapte (voir ici), ou longtemps inapte et accordé quasi-systématiquement, car rentable ;
- paupérisation de la société condamnant des millions de personnes à se déplacer dans des véhicules obsolètes (pas d'ABS, ceintures dangereuses, faiblesses structurelles, etc...), ou mal entretenus, ou les deux à la fois ;
- politique de sécurité routière privative (la manne automobile n'est pas reversée, les autoroutes, payées et amorties par le citoyen, toujours payantes alors que cent fois plus sûres que la route à trajet égal) et vexatoire; contradiction dissuadée car dirigeants mal ou très mal conseillés par lobbyistes intéressés.

Nous maintenons ces affirmations, car les Français, et les visiteurs traversant la France, méritent mieux que des gesticulations médiatiques abracadabrantesques, telle une fameuse "année de la sécurité routière", comme il peut y avoir "le jour des secrétaires"...

Lundi 2 Novembre 2009
Cléoma Bissonnette

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