Zèle criminel

PV de 135 € pour appel de phare diurne !



Une jeune automobiliste ayant fait un appel de phare, de jour, a écopé d'une amende de 135 € pour avoir fait "usage des feux de route lors de croisement d'un véhicule", correspondant à l'art. R416-6 du Code de la Route.
Même si la jeune femme a fait appel de phare à un autre automobiliste pour l'avertir d'un radar (ce qui en soit est très sain : si le croisé était en excès de vitesse, elle lui a d'abord sauvé la vie ; et c'est ainsi que sont compris tels appels de phares dans les pays modernes et honnêtes), on ne peut que s'étonner de ce zèle sélectif.
Et ceci au vu de l'absence totale de contrôles nocturnes de ce type en France - alors même que les accidents de nuit sont les plus meurtriers et que nombres d'entre-eux sont dus à l'éblouissement -. On aurait donc plutôt tendance à analyser froidement, vu la mentalité du tout punitif français, que cette jeune personne a été sanctionnée pour tentative d'empêchement de perception de la sainte dîme : autant d'appels de phares, autant de recette en moins.

Cette politique du punitif rentable est, outre qu'injuste, criminogène : le rôle pédagogique est nié car l'acharnement est trop visible, puisque une espèce de sélectivité de fait est imposée aux policiers, lesquels se trouvent impliqués dans une sorte de formule politique criminelle : PV pour un appel de phare de jour qui ne met la vie de personne en danger, mais jamais ou quasiment jamais de contrôles nocturnes : se prendre pleins phares (et durablement, pas un simple appel de phare d'1 seconde) 19 fois en 100 km est une moyenne que nous avons récemment vécue lors d'un trajet Bordeaux-Lyon par la route, de nuit et en été, à l'occasion d'une de nos enquêtes.
Or, les forces de l'ordre devraient être remises, en ce qui concerne l'automobile, dans leur rôle, qui est avant tout celui de protéger les gens : nombre de policiers et gendarmes ne demandent que ça, leur vocation ayant généralement été motivée par cette priorité. Ce n'est pas pour rien que dans nombre de pays modernes il existe une Police Routière, donc formée, spécialisée et connaissant l'usage de la route.

Outre qu'une simple remontrance, à défaut de compréhension intelligente, aurait suffit à "éduquer" la conductrice, on peut donc se demander si le rôle des forces de l'ordre n'est pas biaisé : leur premier devoir devrait être l'aide aux personnes, nous le répétons.
Or, non seulement la personne préventive est punie, mais le supposé délinquant, risquant sa vie à chaque instant car "la vitesse tue, et seulement elle", se voit exposé au risque, même après avoir été flashé.
C'est une attitude quasi criminelle, telle celle de se cacher pour pièger derrière des buissons, des camions ou - ça s'est vu - dans des bétaillères, les gens qui vont trop vite, à l'instant même, donc, où leur vie est en danger...
Nulle part ailleurs les forces de l'ordre sont obligées de se ridiculiser et s'humilier ainsi.
Ah si, un autre Pays, latin également, cultivait cette médiocrité morale (dans ce cas, c'était les polices municipales qui étaient surtout en question, les autres policiers ayant une vraie déontologie) : l'Italie.
Mais le gouvernement italien et le Conseil Constitutionnel ont fait voter une loi pour interdire les abus policiers sur les usagers de la route, tels que celui évoqué ci-dessus pour un appel de phare diurne, ou celui de traquer la vitesse à la jumelle-radar sans qu'un panneau installé à 300 m. du lieu de contrôle ne prévienne les usagers qu'un contrôle est en cours.
Le commentaire italien officiel de la mesure laissera songeur un Français : "l'usage du radar est éducatif, un Etat devant avant tout protèger et éduquer ses citoyens sans que l'on transforme les outils de dissuasion en machines à sous".
Sans commentaire...

Mardi 8 Septembre 2009
Erdna Boukouré

http://www.wikio.fr